Méditations alpines, Une expérience de pensée en montagne

La photographe Jade Steltzner part en refuge avec l’auteur Pierre Beuret, en quête de pensées. Cette expérience n’a pas lieu dans un laboratoire mais au grand air. Au rythme de leurs skis de randonnée, des idées naissent, parfois semblables, souvent originales.

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Dans la nouvelle Double Assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe, le narrateur est plongé dans ses pensées alors qu’il se promène dans le Paris du XIXème. Il s’aperçoit que son compagnon les suit sans peine grâce à ses réactions aux objets qu’il rencontre. Les pensées seraient donc le résultats de stimulis extérieurs ou aiguillées par ces derniers. Mais alors deux personnes confrontés au même environnement pensent-elles la même chose ?
Nous avons voulu le tester dans une expérience de pensée. Les photographes Jade Steltzner et Quentin Boehm et l’auteur Pierre Beuret ont chaussé les skis à Notre-dame de la Gorge (74) pour monter au Refuge des Près depuis les Contamines.

Pierre « Une montagne à soi » – 11h05 : Chausser ses skis. Agripper son sac à dos. Activer le mode émetteur du DVA. Attraper ses bâtons. Nous échangeons nos derniers mots, pour laisser place à nos pensées. On va chercher à observer, mais aussi s’observer. Silence, ça glisse.

Jade « Voir le sensible » – 11h05 : Je suis dans le creux d’une vallée, près de ces montagnes que j’adore, avec Pierre et Quentin. Je me prépare au silence, un silence que j’aime en nature. Celui qui permet d’écouter ses alentours, les bruits de la forêt, la vie subtile de l’hiver.

Pierre – 11h12 : Alors je glisse. Pas très bien au début, puis le geste revient. Ça ne s’oublie pas et je m’applique sous le regard de Jade et Quentin, randonneurs chevronnés. Ce regard auquel je penserai si souvent pendant la randonnée. Mon corps entre dans la danse, animé par le va-et-vient des skis et des bâtons. Rassuré par ce bruit familier, celui de la rivière en contrebas qui se déleste de la neige tombée en abondance. Cette neige qui étouffe les sons, chants d’oiseaux et bruits d’avions. Une chapelle surgit sur la droite lovée dans un écrin de neige, sublime apparition qui se passe de mots.

Jade – 11h12 – Nos skis aux pieds, le sac à dos rempli d’eau, d’un déjeuner, du matériel de sécurité de montagne, de nos couches d’habits et autres objets du quotidien propres à chacun, nous débutons la montée qui longe la rivière sur le versant nord-ouest de la chaine du massif du Mont-blanc pour atteindre le flanc de montagne sud-ouest du Mont-Joly.

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La neige est bonne, la semaine précédente les montagnes avaient été recouvertes d’un épais manteau neigeux, le ciel bleu avec quelques longs et hauts nuages s’étale sur le Mont Tondu. Équipée de mon appareil photo et impatiente de marcher en forêt, je glisse un ski après l’autre sur le chemin de randonnée ou le sentier des pensées.

Jade – 11h52 – 11h46 – Je me laisse facilement immerger par le son de la rivière, des gouttes de neige qui fondent depuis les branches d’épicéas qui nous entourent et l’odeur de la forêt.
Vais-je voir des détails intéressants ? Ce que je vois sera-t-il vu par Pierre et Quentin ? Mes arrêts à répétition pour documenter des situations particulières vont-elles les mettre sur la piste de mes réflexions ?
Je me concentre sur mon souffle, j’observe toujours avec émerveillement et curiosité ce que la nature est. Je chéris déjà l’expérience qui m’invite naturellement à me promener en forêt et me concentrer sur le monde du vivant, cette entité qui est essentielle à ma façon de vivre…

Une expérience à découvrir complétement dans le premier numéro de la revue Phosphène…